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Le développement des compétences : comment répondre aux défis contemporains?

22 juin 2015

L’adoption et la mise en œuvre des meilleures pratiques en matière de développement des compétences et de formation continue constituent une préoccupation importante pour les différents acteurs du système professionnel.

Dans un article intitulé « Les compétences au service de l’excellence professionnelle » paru dans la Revue Gestion, les auteurs Yanneck Ostaficzuk du Barreau du Québec et Suzanne Gagnon  présentent les différentes approches mises actuellement de l’avant.

Les exigences en termes de compétences ou de spécialisation se veulent de plus en plus grandes. Nos professionnels sont ainsi soumis à la nécessité de se perfectionner afin de répondre aux défis et aux besoins contemporains dans une perspective de maintenir des services de qualité et d’assurer la protection du public.

Dans une perspective d’amélioration continue, de quelle façon les cadres réglementaires et les dispositions adoptées par les différents ordres pourraient-ils mieux répondre à ces exigences?

 L’approche prescriptive : limites

À la suite d’une modification apportée au Code des professions en 2008, plus de la moitié des 45 ordres professionnels ont adopté un règlement et des dispositions sur la formation continue de leurs membres respectifs. Dans la majorité des cas, ils ont une approche dite « prescriptive ». Cette approche consiste essentiellement à établir l’admissibilité des formations ainsi qu’à imposer un nombre minimal d’heures sur une période de temps donnée et l’obligation pour les professionnels de déclarer leurs activités dans le délai prescrit. Elle s’inscrit dans une perspective déontologique à laquelle les professionnels doivent se conformer.

Bien que l’établissement de normes en matière de développement des compétences soit issu d’une volonté de contribuer à maintenir de hauts standards quant aux services rendus par les professionnels exerçant des fonctions réglementées, certains remettent en question l’approche actuelle quant à sa pleine capacité d’atteindre les objectifs visés.

Vers une approche réflexive

Selon les auteurs Ostaficzuk et Gagnon, l’analyse des divers textes réglementaires adoptés par les ordres professionnels révèle un motif commun pour instaurer une obligation de formation continue, à savoir « l’adaptation aux changements et à l’évolution de la réalité professionnelle ».

Or, les auteurs ont constaté que les règlements et dispositions en la matière sont, comme mentionné précédemment, essentiellement axés sur une approche prescriptive, « basée sur le contrôle de la conformité » aux modalités établies. Pour eux, cette approche ne saurait à elle seule permettre d’atteindre les objectifs recherchés en matière de développement des compétences.

Dans cette perspective, ils proposent donc d’envisager une approche réflexive du développement des compétences. Les auteurs se sont inspirés des conclusions d’un groupe de travail en Grande-Bretagne[1]. Pour les experts britanniques, l’approche réflexive est la plus susceptible d’atteindre les objectifs visés. Cette approche préconise le développement des compétences en fonction de « résultats recherchés » et dont on peut mesurer les « impacts tangibles sur la prestation de services professionnels », plaçant ainsi les objectifs strictement liés à la conformité au second plan.

Établir de meilleures pratiques en matière de formation : une question de vision intégrée

Selon les auteurs Ostaficzuk et Gagnon, les ordres professionnels devraient adopter une vision intégrée en ce qui a trait au développement des compétences. Il s’agit en somme pour les ordres et leurs membres d’entreprendre une démarche conjointe plus axée sur l’acquisition de connaissances qui répondent d’une part aux besoins plus spécifiques de développement des professionnels en fonction de leur spécialisation et, d’autre part, qui rencontrent les exigences et standards contemporains tout en respectant l’obligation de protection du public qui leur incombe.

Les professionnels deviennent ainsi des parties prenantes du processus de développement de leurs compétences et leur « perception quant à l’utilité de leurs apprentissages » doit être au cœur de la démarche réflexive proposée.

Ainsi, l’adoption d’une approche réflexive en matière de développement des compétences comporterait « des étapes successives, constituant un cycle de réflexion, de planification, d’exécution, d’intégration et de rétroaction ».

Bref, il s’agit d’un système plus souple octroyant une plus grande autonomie et un niveau de responsabilité accru aux professionnels.

Revoir les façons de faire

Pour les ordres professionnels, l’adoption d’une telle approche nécessiterait de revoir leurs façons de faire et d’ajuster leurs axes d’intervention de sorte à soutenir et encadrer les professionnels dans leur démarche de développement permettant ainsi à la « notion de compétence d’assumer sa place centrale ».

Il va de soi que les ordres continueraient d’établir un certain nombre de normes et de modalités à respecter, mais la « mesure de conformité » convergerait vers la « mesure de l’atteinte des objectifs de développement et des impacts sur la pratique professionnelle ». Ils seraient également appelés à jouer un rôle d’accompagnement en développant divers outils permettant notamment aux professionnels d’effectuer un bilan de leurs compétences et de procéder à une autoévaluation de leur développement. De plus, il s’agirait pour les ordres de favoriser l’adhésion de leurs membres à une telle approche et de contribuer à rehausser l’expérience d’apprentissage en travaillant de concert avec les organismes qui offrent de la formation.

Il s’agit là d’un changement de paradigme important qui pourrait peut-être rencontrer une certaine résistance, tant parmi les professionnels que les ordres qui seraient confrontés à de nouveaux défis, voire à la nécessité d’adapter leur culture organisationnelle[2].

Cela dit, des ordres ont amorcé une réflexion dans ce sens et certains autres ont même déjà adopté des dispositions qui tendent vers une approche réflexive où l’atteinte de résultats tangibles en matière de développement des compétences permet aux professionnels d’être mieux outillés afin de répondre aux défis contemporains dans un monde en perpétuelle mutation.

Vous pouvez vous procurer l’article complet rédigé par Yanneck Ostaficzuk et Suzanne Gagnon sur le site de la Revue Gestion.

[1] Le mandat de ce groupe de travail visait à dresser un portrait en ce qui a trait à la formation continue des juristes et à formuler des recommandations quant à la meilleure approche en la matière.

[2]  Autant de changements et d’adaptation qui auraient un impact sur les ressources humaines et matérielles que les ordres mettent à la disposition de leurs membres.

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