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L’utilisation des médias sociaux : qu’en est-il de l’éthique professionnelle?

22 juin 2015

Phénomène en pleine croissance, les médias sociaux offrent des possibilités inouïes d’entrer en communication et de partager des informations avec un vaste bassin d’individus, d’organisations, de groupes d’intérêts ou autres. L’engouement se répand à une vitesse vertigineuse et aujourd’hui l’utilisation des médias sociaux met en lumière une toute nouvelle réalité sur le plan des pratiques professionnelles et des relations interpersonnelles avec laquelle nous devons composer.

Les médias sociaux sont des outils de communication, soit. Cependant, les interactions entre les individus et les groupes se font dans un espace virtuel public qui comporte son lot de risques. Dans cet univers numérique, les barrières peuvent devenir floues et la frontière entre les « sphères personnelle et professionnelle » s’avère plus difficile à distinguer.

Ce phénomène est donc devenu une source de questionnement pour les acteurs et instances du système professionnel en raison des enjeux éthiques et déontologiques que soulève l’utilisation des médias sociaux. Quel usage les professionnels devraient-ils en faire : communiquer des informations d’ordre professionnel et entretenir des liens avec leurs clients ou patients? Sont-ils outillés afin d’identifier les risques et d’ainsi éviter les pièges? Qu’en est-il des notions de confidentialité, de protection des renseignements privés, etc.? Ce sont autant de questions sur lesquelles les ordres professionnels se penchent dans leur réflexion sur la nécessité de baliser l’utilisation des médias sociaux par leurs membres.

Les professionnels et les médias sociaux

Johanne Vincent, présidente du comité d’inspection professionnelle à l’Ordre des acupuncteurs du Québec, a réalisé un projet de recherche afin d’analyser ce phénomène dans le domaine de la santé et de proposer certaines pistes de solutions qui peuvent alimenter la réflexion que mènent présentement les ordres professionnels.

Au moment où Mme Vincent a effectué sa recherche, le recensement des codes déontologiques des ordres révélait que ceux-ci étaient muets quant à l’utilisation des médias sociaux. Aujourd’hui, certains ordres ont adopté des dispositions, souvent sous la forme de lignes directrices, visant à encadrer l’utilisation que peuvent en faire leurs membres, mais il s’agit généralement de mesures de nature déontologique qui visent à circonscrire les « comportements et attitudes souhaités ou à proscrire ». C’est notamment le cas pour l’Ordre des administrateurs agréés du Québec et pour le Collège des médecins du Québec.

Déontologie vs éthique

Selon Mme Vincent, une approche strictement déontologique comporte des limites. Les normes sont souvent adoptées en fonction d’un contexte précis, ancrées dans le temps. Or, dans un monde évolutif, les contextes et les besoins changent faisant en sorte que les normes peuvent s’avérer inadéquates pour répondre aux nouveaux enjeux qui se présentent.

Considérant les limites et la rigidité des normes déontologiques, Mme Vincent préconise d’adopter une approche en éthique appliquée, en complément d’un encadrement de type déontologique. L’éthique appliquée propose une démarche rationnelle et pragmatique qui fait appel à la réflexion dans l’optique de trouver une solution à une situation à risque ou problématique qui pose un dilemme.

Pour Mme Vincent, la démarche doit mener le professionnel à « agir consciemment, en toute connaissance de cause, de manière responsable, en vertu d’un contexte donné ». Ainsi, il s’agit pour lui de « prendre conscience de la place qu’il occupe » en tant que professionnel dans le cadre des relations qu’il entretient, « d’évaluer les circonstances particulières d’une situation, tout comme les conséquences négatives qu’une action pourrait avoir sur lui, sur ses clients ou patients, sur sa profession ou sur son ordre ».

Une approche réflexive

Un principe fondamental de l’approche en éthique appliquée est que la réflexion doit reposer sur des valeurs qui doivent permettre à un individu d’évaluer une situation et d’identifier les conséquences possibles dans sa prise de décision. Le professionnel doit alors tenter de « composer tant avec ses propres valeurs que celles de sa profession et de son ordre, dans le respect des normes et règles déontologiques qui encadrent sa pratique ».

De l’avis de Mme Vincent, les ordres auraient tout à gagner à promouvoir une telle approche notamment à travers de la formation qui intégrerait les principes de base de l’éthique tout en faisant la promotion des valeurs propres à la profession sous leur égide, et ce, afin de mieux outiller les professionnels interpelés par des enjeux de nature éthique. Idéalement, cette formation serait soutenue par un document phare, tel un code d’éthique, qui mettrait l’emphase sur les valeurs de la profession qui doivent servir de repères devant une problématique qui pose un dilemme.

Les relations virtuelles émanant de l’utilisation des médias sociaux sont susceptibles d’accroître considérablement les situations à risque ou les problématiques. Dans un tel contexte, l’approche en éthique appliquée, de par son caractère réflexif, se propose comme une avenue à envisager en complément d’un encadrement déontologique. Après tout, c’est d’éthique professionnelle dont il est question…

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